La poésie est sauvage. Elle ne se laisse pas enfermer dans une case sémantique. Elle est insaisissable. Quiconque tente de la définir ou de se l’approprier la voit se dissoudre et s’évader vers un ailleurs immatériel très éloigné de nos guerres de clans, de pouvoir. Pourtant, elle n’est pas, à mon sens, déconnectée du monde dans lequel nous vivons. Elle en est au contraire la sève ardente et s’immisce dans les moindres recoins de la réalité, l’éclairant par transparence, se révélant aux poètes par fragments, par « visions », à condition de savoir lire à travers les écorces. Immanente et transcendante, elle est ce qui nous relie, devant la beauté d’une cascade ou en découvrant la force indestructible de l’amour qui survit en nos mémoires après un deuil, à la sensation d’un absolu immense et hors d’atteinte, à ce « quelque chose de plus grand que nous ».
Elle nous guide dans les catacombes de notre in-humaine condition. J’aime ces mots du poète et résistant René Char : « Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté. » J’ajoute : « La poésie est un acte de résistance contre le non-sens et la mort » (extrait d’un de mes recueils paru en 2019). J’ai écrit cela lorsque, jeune médecin, j’étais en attente d’une greffe des poumons. Cette intervention a eu lieu en 2008 et je vais très bien depuis.
Il ne s’agit pas de dire que nous sommes tous des résistants. Je réserve ce terme à celles et ceux qui ont risqué leur vie pour défendre des valeurs humanistes, par exemple pendant la seconde guerre mondiale face au nazisme, et pour lesquels j’ai la plus grande admiration. Mais je considère la poésie comme une « Nuit étoilée » de van Gogh, un flambeau. Elle est aussi un langage universel et contribue, aux quatre continents, à « fonder un nouvel espoir », selon l’expression d’Yves Bonnefoy.
À mon sens, il y a dans l’état de poésie une dimension sacrée, hors de tout dogme, mystique au sens du mysticisme à l’état sauvage, comme cela fut dit par Claudel au sujet de Rimbaud. « Sauvage est la proximité du sacré » disait le poète Hölderlin. Ma façon d’« habiter poétiquement le monde », pour faire à nouveau écho au poète allemand, est de me sentir reliée à une source intemporelle, immémoriale, au mystère du souffle qui unit les êtres dans toutes les composantes du Vivant, à la spiritualité de l’Art rupestre à nos jours. Je ressens cela en randonnant dans les grands espaces naturels préservés, en particulier les Hauts-Plateaux du Vercors.
Dans une société gangrénée par les guerres, de plus en plus individualiste, et confrontée aux défis d’évolutions technologiques intéressantes mais dangereuses si non régulées, la poésie nous offre de nous reconnecter à l’essentiel, de réfléchir à ce que nous voulons pour l’avenir et pour l’humanité de demain. Elle est un phare en pleine tempête, ajoute une intensité supplémentaire à l’existence. Il n’est pas mièvre de parler de nature, de fraternité, de liberté et d’amour. C’est au contraire la preuve que nous ne sommes pas des algorithmes. Nous naissons, ressentons, souffrons, aimons et nous mourrons. Nous aurons vécu… comme les générations nous ayant précédés. Alors, cultivons plus que jamais ce que nous avons d’unique à offrir aux autres, à l’univers, en poésie comme dans la vie, en réinventant pas à pas les sentiers de la «liberté libre » rimbaldienne.
Dans un monde où la violence flambe, où la haine fait loi, l’Amour est révolutionnaire.
Notice bibliographique de Parme Ceriset (non exhaustive)
Recueils de poésie
–Nuit sauvage et ardente (édition du Cygne, Paris, janvier 2024).
–Flambeaux de vie (Pierre Turcotte éditeur, collection, Magma Poésie, 2023, Montréal).
–Boire la lumière à la source (éditions du Cygne, janvier 2023, Paris, préface de Francis Gonnet, prix Jacques Viesvil 2023 décerné par la Société des Poètes Français).
–Femme d’eau et d’étoiles (éditions Bleu d’encre, 2021, Bruxelles, préface de Patrick Devaux, prix Marceline Desbordes-Valmore 2021 décerné par la Société des Poètes Français.
–Danse ardente, éditions Grenier Jane Tony, Les Chants de Jane, Bruxelles, 2022.
-Lumière sauvage (éditions les Impliqués, 2022).
–L’Amazone Terre, éditions Stellamaris, 2021.
-Toi de brume (2021), Le Souffle de l’âme sauvage (2021), N’oublie jamais la saveur de l’aube (2019), L’Espoir en guerre (2016)…
Roman poétique et autobiographique
Le Serment de l’espoir – Que la vie souffle encore demain (L’Harmattan, 2021) qui a fait l’objet de nombreuses recensions et articles de presse (le Dauphiné libéré, le Progrès…).
Publications dans des revues de poésie et anthologies françaises et internationales
Revues Lichen, Francopolis, Traversées, Verso numéro 189, Traction-brabant, Cabaret, Rivages culturels numéro 5, Poésie Mag, Lettres Capitales, Possibles numéro 31 et 35, Nouvelle revue des élytres, Saraswati numéro 16, rubrique Soliflores de la revue Nouveaux-délits, revue Reflets…
Anthologies Flammes vives (2021), Voix de femmes (éditions Plimay), Voix des îles (éditions des îles), Mots de paix et d’espérance (éditions Oxybia), Plus de cent frontières (éditions PVST), Kaléidoscopie – le monde de demain (éditions du Rouge-queue), Panthéon universel de poésie (éditions Thierry Sajat), Marche, rêve et écris (éditions Jacques Flament), Rouge (Association Luna Rossa)…
Par ailleurs, le poème de Parme Ceriset « le Ciel sur la peau » (ou « Talisman ») a été exposé à Carthagène en Espagne (exposition Los Cielos y la Poesia) aux côtés de photographies de paysages de l’artiste Gabriel Navarro, et de textes de Victor Hugo, Paul Verlaine, Charles Baudelaire, Albert Camus, Jean Genet, Théophile Gautier, Jacques Brel, Michaël Glück, Jean-Pierre Luminet, Angèle Paoli, Michel Leiris, Chantal Dupuy-Dunier, Marie-Josée Christien, Béatrice Marchal et Jeannine Alcaraz.
Divers poèmes de Parme Ceriset
Nous passerons légers
Nous passerons légers,
laisserons dans le vent
l’empreinte de nos vies
et l’écho de nos pas,
le reflet de nos actes
et le chant de nos voix
et un peu de nos mots
dans le ciel étoilé.
La Nuit et le souffle
La Nuit et le souffle
et le pas des morts
et la peau gelée
des âmes enfuies
et sur les pierriers
la voix des héros
mémoire embrumée
de ceux qui résistent.
Le blanc des névés
et les sifflements
des oiseaux de proie
les lambeaux au bec
qui saignent encore
et la liberté
du Vercors qui trône
comme un géant bleu
au-dessus des tombes…
Ainsi est la Nuit,
Elle y marche nue.
À l’Aube, la vie reprend son vol,
après l’Amour, elle n’a pas dormi.
Elle a bu les rayons argentés de la lune.
Elle est le regard du jour qui reviendra.
(Texte extrait de « Nuit sauvage et ardente », éditions du Cygne, 2024)
À l’Ermite
Celui qui célébrait les prémices de l’aube
ne donne plus de la voix
sinon dans les forêts,
les brumes des Hauts-Lieux
qui accueillent son chant.
Il s’est dit tout est vain
a brisé le poème
et effacé ses mots
aux parois bleues du temps.
Pourtant de temps en temps
la roche se rappelle
de ses mots si parfaits
de sa nuit si profonde
de l’osmose secrète
qui le liait à elle.
Dans les eaux mortes du monde
Trop de vies s’écoulent
dans les eaux mortes du monde.
Le ciel pleut en silence
des lames de safran.
Les mots, vains, se recueillent,
sidérés, pétrifiés
impuissants à contrer
les larmes et la douleur.
Le soleil s’incline et tente de panser
de ses rayons ambrés
quelques plaies assassines…
Demain il fera jour mais la nuit reviendra
sacrifiant chaque fois
un regard, un amour.
Depuis la nuit des temps
Depuis la nuit des temps,
on marche à travers champs,
on défriche des blés vierges de pas humains,
on laisse aux rapaces les espoirs d’enfant,
on déchire nos rêves aux ronces des chemins.
La nature est reine, fauve, liberté,
la vie n’emprunte jamais deux fois le même sentier,
et si certains profitent du sillon tracé
par les ombres indociles,
c’est tant mieux pour les blés.
Depuis la nuit des temps,
on se fond au couchant,
on habille nos corps aux reflets du soleil,
on danse, transi, dans des yeux d’amants,
dans les flots bouillonnants de sang et de miel.
Depuis la nuit des temps,
on cueille des comètes,
on sabre le champagne dans la nuit bleutée,
on célèbre les joies sous la Voie lactée,
on se sait condamné :
La vie est une fête
entre deux tempêtes,
entre deux saignées.
Aux cavernes de l’oubli
Fais-moi l’âme ours,
l’âme panthère,
l’âme sauvage,
celle qui résonne aux cavernes de l’oubli,
Lame brûlante
gravée dans la roche…
Imprime en mon corps étoilé
l’empreinte immortelle de ton cri.
Le cadavre de la clairière
J’ai laissé une partie de nous
sur ces pierres calcaires que nous piétinions,
sur les herbes hautes de ces champs de blés murs.
Nous sommes morts lui et moi,
une partie de nos âmes est restée sur ce chemin.
Il y a quelque chose de mystérieux et d’indicible :
Je sais que même au fond de l’enfer,
si je découvrais son cadavre
sous la clarté glauque de la clairière,
je le sentirais vivre encore en moi.
Malgré ses yeux figés,
loin de tout, vers le néant,
je serais figée en lui.
Il coulerait encore dans mes veines
tant qu’il me resterait une goutte de sang vif.
Nuit des âges
C’est la nuit des âges.
Dans la clameur claire et musicale du ruisseau,
on entend chanter grenouilles et grillons.
Les herbes prennent un bain de lune,
un rapace déchire la quiétude du ciel
de temps en temps.
Je suis amoureuse
de toi comme au temps des cavernes,
captivée par ce feu brûlant dans ton regard
sauvage et violent.
Les voix de la nuit se promènent
sur le contour des cimes bleues.
Elles palabrent sous les étoiles.
Elles racontent le chant des mystères.
Au loin, un cerf brame,
le cri des rapaces, le sang, le feu,
les lueurs animales dans tes yeux
qui m’aiment
sous la lune d’Opale.
(Textes de Parme Ceriset. Tous droits réservés.)