Jihen Souki est née en 1983 à Monastir. Elle est l’auteure de Suaire de l’Aimé (L’Aire, 2019) et de nombreux textes parus dans des revues, en France, en Suisse et au Québec (Triages, Catastrophes, La Cinquième saison, Exit…). Chercheure et enseignante, elle a publié Lorand Gaspar ou le Chant d’une genèse ininterrompue (Peter Lang, 2024), ainsi que de nombreux articles sur la poésie française et comparée, parus dans divers pays. Jihen Souki est aussi traductrice. Sa traduction à l’arabe du même poète est en cours d’édition dans le cadre du projet « Kalima ».
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Dans un espace qui devrait ressembler à un interstice, entre le noir de la nuit et le point d’aurore, un état d’éveil endormi (peut-être halluciné) et un sursaut qui te fera aller à tâtons jusqu’au crépuscule ou à l’aube suivante ou qui sait, errant des jours trébuchant, te relevant, les sens à l’affût, recueilli, tantôt, ou les nerfs à vif assoiffée, de ce qui t’advient, enchanteur, envoûtant, qui t’entraîne dans sa spirale à son tour enchanteresse jaillit le mot, le vers qui te fera aller à tâtons jusqu’au crépuscule ou à l’aube à venir — Délivrance.
Qu’y avait-il, pendant tout ce temps-là, que tu ne voyais pas venir ? Un jour, tu perdis les eaux.
La maison est vide, le silence grand, comme si la chose nécessitait qu’il n’y eût aucune aide, aucun secours, absolument aucuns.
Te voilà à tourner en rond, dans ta cage dorée, ouverte-fermée, dans un demi-jour suffisamment ombreux pour ne le point éblouir, figer. Tu pousses, retiens ton souffle, lâches, pousse, retiens ton souffle et lâche, à répétition, sans surseoir, sans t’arrêter – comment faire autrement –, prise dans un vertige où la joie de le porter l’emporte sur la douleur ou la douleur de le porter l’emporte sur la joie — Renaissance.
Tu regardes alentour, exténuée. Le jour avait baissé. La maison est vide. Le silence grand.
Qui de nous deux avait l’autre portée, Poésie ?
Jihen Souki
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Tu te gardes
de ciller
Tu te gardes de pousser
le regard
vers l’engoulevent
qui perce
la pénombre
où le poème croît
décroît
ample et se brise
ou mistral, ce matin
qui pousse ses battantes ailes dans le vent
de ta tête…
J’aime,
Oui j’aime, ces abords
du jour, ce gris-bleu, où le mot surgit
enfin
du sévère exode du jour
dans la nuit
Je l’aime et m’en effraie
comme je m’effraie
parfois
toujours
de ces mots qui me viennent
à l’orée
de la nuit
comme si, surprise
par l’aurore
éblouie,
elle me jetait
ses laisses
pour aller
dans les hauts fonds…
Pourfends-moi, ouvre
ouvre-moi
ou reste
à jamais
bruissement larvé
qui rôde
aux abords
de la…
Comme je m’en effraie.
Comme un tressaillement
qui coule
dans les muscles
dans le sang
dans ses rebonds de rythme…
J’entre
la nuit, dans le jour
instille son susurrement
d’engoulevent
d’effraie…
Je suis les hauts fonds
les hauts fonds
Je suis…
dans l’ample lumière
que tu vois
la seule vérité…
Prends-moi,
Pourfends
ou rôde
à jamais
bruissant et sourd
à toi-même
pris.