Marc Boulay

Entretien avec Marc Boulay

Entretien réalisé par Frank Brénugat

(CHAPEAU)

Lors des dernières Utopiales 2015, en déambulant dans les allées du salon, j’ai eu la chance de rencontrer le binôme à l’origine de l’étonnant ouvrage Demain les animaux du futur, publié aux éditions Belin, à savoir les sieurs Marc Boulay et Sébastien Steyer. Séduit par leur ouvrage et par la réelle sympathie dégagée par nos deux compères, je n’ai guère résisté à l’envie d’en savoir un peu plus sur leur travail respectif. Cette page du fictionaute.com reprend un entretien avec Marc Boulay, paléoartiste, en parallèle avec celui de Sébastien Steyer. Marc Boulay se présente comme paléoartiste, sculpteur numérique et creature designer et répond au doux nom scientifique d’Homo sapiens artisticus. Ses modélisations artistiques se retrouvent dans plusieurs documentaires-fiction et autres films en relief ou en Imax. Cet étrange et digne représentant de l’espèce humaine a également participé à de nombreux ouvrages et expositions sur l’évolution de la biodiversité passée, actuelle… et future. Qu’il soit ici remercié d’avoir accordé au fictionaute.com un peu de son temps.

Frank Brénugat

Tu as participé à de nombreux ouvrages et expositions sur l’évolution des espèces. Comment t’est venue cette passion à l’égard de cette thématique ?

Marc Boulay

Par rapport au futur, il y a deux points sources. Le premier c’est que je travaille depuis très longtemps sur les animaux préhistoriques. J’évalue mon travail à peu près à 350 millions d’années de reconstitution animalière avec des paléontologues et le fait de travailler sur une échelle géologique du temps de 350 millions d’années, on va dire 400 pour faire plus rond, j’ai remarqué que certaines formes se retrouvaient tout le temps. À savoir que ce qui fonctionne reste et que ce qui ne fonctionne pas disparaît tout simplement. C’est Darwin : soit tu t’adaptes, soit tu péris. Il y a des « logiques » qui sont récurrentes, soit au niveau mécanique, soit au niveau des fonctions vitales, etc. Et puis entre-temps, j’ai travaillé sur un film avec le père de la biologie spéculative, Dougal Dixon, dont on parle dans le livre d’ailleurs, et sur ce film-là j’ai travaillé à peu près deux ans. Dougal a inventé un bestiaire dans un futur de 80 millions d’années et moi je devais reprendre tous ses croquis afin de les viabiliser en matière de biomécanique, de sculptures pour après les lier avec un scan. Et à la suite de ces deux expériences-là, dont la première se poursuit toujours aujourd’hui puisque je continue à faire de la reconstitution animalière, en 2000 je me suis dit qu’il serait peut-être bien d’en faire quelque chose. J’ai donc commencé à faire deux ou trois bestioles, et je me suis vite rendu compte que sans cadre scientifique, j’allais rapidement partir en mode Pokemon, à faire du hors-piste et du n’importe quoi. Il faut quand même quelque chose de cadré scientifiquement. Et là j’en ai parlé à Sébastien Steyer qui m’a dit oui tout de suite. On est rentré dans l’aventure et on s’est mis au boulot.

FB

Comment s’est passée cette collaboration avec Sébastien ?

MB

(Rires) Vraiment très bien dans le sens où moi j’apporte les idées, j’imagine les animaux. Ensuite je lui envoie mon travail et puis Sébastien les cadre scientifiquement en corrigeant au besoin certains aspects biomécaniques. Ça se construit un peu comme un jeu de ping-pong : je lui envoie une esquisse 3D ou ZSketch et lui m’envoie l’histoire qui va avec. Cet échange enrichit la construction de l’animal et ce dernier finit par naître ou pas. Nous avons une grande quantité d’animaux qui sont restés dans les cartons…

FB

Au début de l’ouvrage, il y a une citation qui nous invite à réfléchir sur notre propre mortalité : « L’Homme n’est pas la finalité de l’évolution et l’évolution ne s’arrête pas à l’Homme. Dans le futur que nous imaginons, l’espèce humaine s’est éteinte… Pourquoi ? C’est à vous de l’imaginer… » Cette sixième grande extinction vers laquelle on semble se diriger, et dont l’homme semblerait faire partie, est-elle inéluctable ? L’homme est-il condamné à sortir du circuit à un moment ou à un autre ?

MB

Écoute, là, le sujet est plus que jamais d’actualité. Depuis quelque temps déjà, les dégradations écologiques sont vraiment exponentielles. (Soupirs) Je n’ai vraiment pas envie de faire de catastrophisme, c’est pour cela que Sébastien et moi on s’est éloignés de cette problématique. On ne voulait vraiment pas faire un livre catastrophe, ce n’était pas du tout le but. Après c’est une question difficile. Il ne s’agit que d’un point de vue personnel, mais je pense que si vraiment rien n’est fait à partir d’aujourd’hui – et de toute façon, rien n’est fait et rien ne sera fait – et si l’homme ne s’adapte pas au déséquilibre qu’il a provoqué, ça va vraiment être très très dur. Maintenant, d’un point de vue macrocosmique, les espèces ont une durée de vie sur Terre qui est relativement courte à l’échelle géologique du temps, d’un point de vue naturel. Et d’un point de vue non naturel, l’homme a quand même fait de grosses conneries en matière écologique et franchement, je me répète, mais ça va être très dur…

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